La météo menace et le coup d’envoi de la Coupe du monde de ski alpin subit un nouveau coup dur. Après l’annulation du géant de Sölden en Autriche le 29 octobre en raison d’un « vent extrême », les skieurs avaient rendez-vous à la « Gran Becca », nouvelle épreuve transfrontalière du calendrier entre Zermatt (Suisse) et Cervinia (Italie). Mais la première des deux descentes prévues ce week-end sur cette piste a été annulée ce samedi en raison du vent et des « fortes chutes de neige ».
Mais plus que les intempéries et les chutes de neige qui ont d’ores et déjà conduit à l’annulation de plusieurs entraînements, cette descente inédite suscite une vive polémique. La faute aux organisateurs, partis se servir de neige dans Théodule, un glacier situé à plus de 3 000 m d’altitude et déjà bien affaibli par le réchauffement climatique. Objectif : s’assurer qu’il y en ait assez pour établir une piste de haut niveau et permettre aux stars de la discipline de s’exprimer à plus de 130 km/h.
Pinturault ne sera pas là
Huit descendeurs français étaient attendus dont Matthieu Bailet, gravement blessé au genou fin 2022 à Bormio en Italie. Alexis Pinturault, qui nous expliquait fin octobre avoir décidé de se frotter à la discipline n’en sera pas. Il fera sa rentrée sur descente à Beaver Creek le 1er décembre et privilégie ces jours-ci l’entraînement aux États-Unis, nous indique son entourage.
A priori, pas vraiment question de « boycott » donc ce week-end pour le natif de Courchevel comme ont affirmé certains médias, mais le vainqueur du gros globe lors de la saison 2020-2021 n’en reste pas moins préoccupé par l’impact de son sport sur l’environnement. Un sujet sur lequel il s’est déjà exprimé par le passé.
« On a envie de préserver notre milieu et en même temps, on a envie de continuer notre activité. La question, c’est comment on peut arriver à faire tout ça au mieux » alors que le ski est « un des sports les plus concernés » par le changement climatique, résumait-il à Sölden dans des propos rapportés par l’AFP.
« On a toujours indiqué que ce n’était pas une bonne idée »
Une inquiétude et une prise de conscience partagées par le président de sa fédération, Fabien Saguez. « Dès l’annonce de ce projet il y a deux ans, on avait eu un positionnement très clair, nous assure-t-il ce vendredi. Organiser cette course sur un glacier, aussi tôt dans la saison, on a toujours indiqué que ce n’était pas une bonne idée. » Et d’ajouter : « Ce n’est ni un positionnement anti-suisse ou anti-italien, mais on n’a pas d’autre choix : il faut s’adapter à ce qu’il se passe autour de nous et faire des concessions. »
Ainsi le président de la Fédération française de ski milite pour un report du début de saison et voudrait notamment s’inspirer de celui établi par le combiné nordique « cohérent », « qui respecte les temps de repos » et « maîtrise les déplacements. »
« Aujourd’hui le calendrier du ski alpin comporte trop de courses et occupe anormalement l’espace avec peu de pauses dans l’année, ajoute-t-il. Il faut mieux le construire pour qu’il y ait une logique en matière de déplacement et de logistique. »
« La prise de conscience est réelle »
Championne du monde de descente en 2013, Marion Rolland est sur la même ligne que Saguez. « Je suis complètement hallucinée des décisions prises par la Fédération internationale de ski (FIS), regrette-t-elle. Organiser une course sur un glacier à cette époque, c’est un peu comme aller deux fois dans l’hiver aux États-Unis (c’était le cas au cours de la saison 2022-2023). On sait qu’on pratique un sport déjà sur la sellette, je trouve ça ridicule alors que la prise de conscience est réelle, y compris de la part des athlètes en activité. »
Reste pour ces derniers la difficulté de se positionner et de s’exprimer contre la tenue de ces évènements, qui conditionnent leurs saisons et leurs carrières. « Je suis persuadée qu’il n’y en a pas un seul qui n’est pas conscient de tout ce que ça implique, ajoute Marion Rolland. On le voit tous quand on skie tout l’hiver, quand on est en manque de neige, quand c’est compliqué de trouver des lieux d’entraînement… Mais on est un sport individuel et tu te punis toi-même de ne pas prendre part aux compétitions. »
En février 2023, la star Mikaela Shiffrin et quelque 140 skieurs de différentes disciplines avaient écrit à la FIS pour réclamer une réduction des déplacements et une intensification des efforts en faveur de l’environnement. « Si tous les meilleurs athlètes multipliaient ce genre de prise de position, la FIS serait obligée de faire marche arrière », espère Marion Rolland.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.