C’est un petit événement qui se déroule en toute intimité. Les salons feutrés de la galerie Moretti Fine Arts, surplombant les jardins des Boulingrins, accueillent jusqu’au 22 septembre une série d’œuvres de Pablo Picasso, toutes issues de la singulière collection du couple néerlandais Olga et Pieter Dreesmann qui vit à Bruxelles.
Après les toiles accrochées en septembre dernier au Palais princier, cette deuxième célébration de Picasso en Principauté s’inscrit dans cette année 2023 qui marque le cinquantième anniversaire de la disparition de l’artiste espagnol qui hante encore le marché de l’art.
L’originalité de cette exposition réside précisément dans le choix des œuvres; la galerie Moretti dévoilant des dessins signés Picasso. Une rareté qui constitue toute la collection des Dreesman entamée en 1997. « Pieter Dreesman est tombé amoureux de la période bleue de Picasso et a démarré une collection de dessins pour laquelle je l’ai conseillé pendant 25 ans, à chercher des dessins de toutes les époques de l’artiste », explique James Roundell, consultant pour la galerie Ward-Moretti et qui a accompagné l’installation des 32 pièces de l’exposition à Monaco.
Photo Succession Picasso DACS London 2023.
« On ressent autant sa férocité que sa délicatesse »
« Nous avons tenté de trouver des travaux qui montrent Picasso dans tous ses styles. C’est très inhabituel d’avoir ce genre de recherches pour un client pendant 25 ans », continue-t-il, devant ces œuvres dont la plus ancienne date de 1899, la plus récente de 1962.
Toutes dégagent une certaine poésie. Certaines sont spectaculaires comme ces portraits de l’actrice japonaise Sada Yacco dansant ou de la chanteuse d’opéra Suzanne Bloch. Une salle rassemble aussi les femmes de la vie de Picasso, croquées par l’artiste dont la virtuosité du trait impressionne en quelques coups tracés sur le papier. Plus loin, un crayonné de Dora Maar hurlante, réalisé à l’époque où le maître travaille à son chef-d’œuvre Guernica, semble être une épreuve de la toile finale.
Photo Succession Picasso DACS London 2023.
« Le dessin permet d’être proche de l’artiste. C’est une œuvre de l’immédiateté. Dans ces traits, on ressent autant la férocité que la délicatesse de Picasso. Il existe aujourd’hui une vraie valeur pour les dessins qu’on ne trouve peut-être pas dans la peinture », poursuit James Roundell, qui a accompagné ses clients à donner du relief à leur collection en y ajoutant quelques céramiques et sculptures. Parmi les pièces sculptées, une céramique de 1948, Tête de faune barbu, placée dans un plat provençal, date du début de l’activité de l’atelier Madoura à Vallauris. « Pieter et Olga aimaient chercher des œuvres, les accorder, les accrocher chez eux. Chaque pièce a été spécialement encadrée dans un style antique. C’est une collection très personnelle pour eux et c’est rare aujourd’hui. Nombreux sont les collectionneurs qui se contentent d’acheter des œuvres mais ne sont pas collectionneurs au sens strict ».
Photo Succession Picasso DACS London 2023.
« On peut jamais compléter une collection Picasso »
Sa collection, le couple Dreesman a choisi de s’en séparer, raison pour laquelle elle a été présentée par la galerie londonienne Ward-Moretti dans les grandes capitales de l’art mondial avant d’arriver à Monaco. « Cela a été un grand plaisir de collectionner et de vivre avec ces œuvres au cours des vingt-cinq dernières années, ainsi que de les partager avec le public à travers des prêts pour des expositions en Europe et aux États-Unis. Chacun de ces objets a une signification spéciale pour nous, mais nous avons décidé que c’était maintenant le bon moment pour que d’autres aient l’opportunité de les posséder et de les apprécier alors que nous entamons un nouveau chapitre de notre vie de collectionneurs », écrivent-ils dans le catalogue de l’exposition.
Photo Succession Picasso DACS London 2023.
Quelques pièces ont déjà été vendues lors des escales à Londres et New York. Certains dessins pour quelques milliers d’euros, d’autres pour plusieurs millions d’euros. Le couple entend verser une partie du fruit de la vente aux causes caritatives qu’ils soutiennent et à la recherche artistique. « Il est possible d’acheter une toile de Picasso pour 10 millions d’euros. Là, pour 13 millions d’euros, il est possible d’acquérir toute cette collection », sourit James Roundell qui le précise pour les amateurs fortunés: « On ne peut jamais compléter une collection Picasso »
Savoir+
La Collection d’œuvres de Pablo Picasso de Pieter et Olga Dreesmann, à la galerie Moretti Fine Art jusqu’au 22 décembre. Entrée libre. Au 27, avenue de la Costa. Du lundi au vendredi de 10 heures à 18 heures.
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