Une force internationale, menée par le Kenya, sera déployée en Haïti mais pourra-t-elle répondre au chaos ?

Une force internationale va enfin être déployée en Haïti, après un an d’atermoiements, le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert, lundi, à l’envoi d’une mission menée par le Kenya. Cela fait la Une, ce mardi, du  journal haïtien Le National, notamment. La presse oscille entre l’espoir de voir la situation s’améliorer et le scepticisme, face à cette force kényane qui arrive en terre inconnue, avec la barrière de la langue, pour tenter d’enrayer une violence généralisée, instrumentalisée par le pouvoir pour se maintenir en place. Le journal haïtien Le Nouvelliste se désespère : « depuis une semaine, les nouvelles choquantes se suivent et se ressemblent. Une vingtaine de morts et de blessés à Saut-d’Eau », au nord de Port-au-Prince. « L’hôpital universitaire a été « arrosé à l’arme automatique en pleine nuit, jetant patients et médecins dans la tourmente La partie nord de la capitale, théâtre d’affrontements à l’arme lourde, entre gangs en guerre. La population civile est prise entre deux feux ». Un  éditorialiste du Nouvelliste poursuit : « aucun secours ne sera suffisant. La situation est terrible en Haïti, au-delà des mots et des chiffres ».

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Violence généralisée et défaillances de l’institution policière : Le  Guardian revient, lui aussi, sur l’ampleur du chaos en Haïti et la violence des gangs que l’ONU compare à celle d’un pays en guerre. Depuis le début de l’année, plus de 2 400 Haïtiens ont été tués, plus de 950 enlevés et 902 autres blessés. C’est proportionnellement supérieur au bilan civil de la guerre en Ukraine, si l’on rapporte cela au nombre d’habitants. Le mois dernier, le chef de gang le plus puissant, Jimmy Chérizier, un ancien officier de police, passé du côté criminel (surnommé « Barbecue » parce qu’il brûlerait le cadavre de certaines de ses victimes) à la tête du « G9 », a appelé à un soulèvement armé pour chasser le Premier ministre haïtien Ariel Henry. Il dirige de facto Haïti, depuis l’assassinat il y a deux ans du président Jovenel Moïse, rappelle le quotidien  Le Nouvelliste.  Le journal haïtien voit, dans l’envoi d’une force internationale à Port-au-Prince, « une étape positive et décisive pour ramener la paix et la stabilité dans le pays », reprenant les mots de la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en Haïti. Mais « ce contexte achève de mettre à nu l’insignifiance de la gouvernance sécuritaire du pays et les défaillances de l’institution policière », écrit un autre quotidien haïtien,  Le National, car les criminels sont plus nombreux et mieux armés que les 10 000 à 14 000 policiers haïtiens.

Des personnes déplacées par la violence des gangs se réfugient dans le gymnase Vincent, transformé en abri, à Port-au-Prince, Haïti, 30 août 2023
Des personnes déplacées par la violence des gangs se réfugient dans le gymnase Vincent, transformé en abri, à Port-au-Prince, Haïti, 30 août 2023

© AFP – Richard PIERRIN / AFP

Cultures Monde

57 min

La police kényane est-elle prête pour ce genre de mission ?

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De nombreux défis se présentent à la force internationale menée par le Kenya : le quotidien haïtien  Le Nouvelliste et les journaux kényans  The Star et  The East African détaillent le travail qui attend le millier d’hommes que Nairobi veut déployer à Port-au-Prince, d’ici au mois de janvier, à Port-au-Prince : mener des actions conjointes avec la police haïtienne pour désarmer les criminels et les gangs, sécuriser les infrastructures essentielles ; hôpitaux, ports et carrefours clés, dans un pays où la population ne peut plus se faire soigner ni manger à sa faim, rappelle le  Guardian. Les gangs contrôlent la majorité des routes en Haïti. Mais le quotidien britannique et la  BBC se demandent : la police kényane est-elle prête pour ce type de mission ? Les gangs opèrent et prospèrent dans des bidonvilles très densément peuplés. « Ils savent se déplacer dans des couloirs de moins d’un mètre de large, entre des maisons en ciment ou en tôle ondulée construites sans aucun urbanisme », précise le  Guardian.

Sam, le commandant en second du LP Street gang, patrouille dans la zone d'influence de son groupe criminel, dans un bidonville de Port-au-Prince.
Sam, le commandant en second du LP Street gang, patrouille dans la zone d’influence de son groupe criminel, dans un bidonville de Port-au-Prince.

© Getty – Photo by Alpeyrie/ullstein bild via Getty Images

La population haïtienne soutient-elle la force internationale menée par le Kenya ? Dans une récente interview accordée à la  BBC, le ministre kényan des Affaires étrangères Alfred Mutua s’est dit confiant dans l’efficacité des forces kényanes à répondre à l’insécurité généralisée. « Les gangs ont certes l’avantage de mieux connaitre le terrain que nous, mais ils n’ont pas le soutien de la population. Depuis le début de l’année, 300 criminels ont été tués par des civils qui se font justice eux-mêmes », assure le ministre à la BBC. Par ailleurs, pour établir des liens avec les Haïtiens, il faut surmonter la barrière de la langue : le site Haïti libre indique que des policiers kényans ont commencé à prendre des cours de français, eux qui parlent anglais et swahili, alors qu’en Haïti les langues officielles sont le français et le créole. « Leur intérêt pour fouler le sol haïtien de leurs bottes n’a rien à voir avec un souci d’aider Haïti« , dénonce l’écrivain haïtien engagé Lyonel Trouillot, sur le site  AyiboPost. Certains analystes estiment en effet que le Kenya est aux ordres des États-Unis, précise la  BBC, et que Nairobi espère ainsi s’attirer les faveurs de Washington. Les États-Unis se sont d’ailleurs engagés à soutenir financièrement la mission à hauteur de 100 millions de dollars. Lors d’une récente visite au Kenya, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a signé un accord de sécurité de cinq ans et a également déclaré que les États-Unis étaient « reconnaissants envers le Kenya pour son leadership dans la résolution des défis de sécurité dans la région et dans le monde », rapporte la BBC.

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Solutions sécuritaire et politique sont liées :  « Toute lutte contre l’insécurité doit faire partie d’une solution politique », assène l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot sur  le site Haïti libre, car « les gangs sont les enfants qu’Ariel Henry a faits à la République d’Haïti ». « Sans un gouvernement légitime, efficace et qui rend des comptes, tout soutien extérieur ne peut guère avoir des effets durables », met en garde l’ambassadeur de la Chine à l’ONU, cité par  l’agence Xinhua (Chine nouvelle). Pékin s’inquiète également du trafic d’armes à destination des gangs, en provenance principalement des États-Unis, de Floride, via la diaspora haïtienne. Pékin a poussé l’ONU à adopter un embargo sur les armes légères et munitions. La force internationale menée par le Kenya devra, par ailleurs, faire face aux mauvais souvenirs des Casques bleus de la Minustah — la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti présente de 2004 à 2017, rappelle  Le Nouvelliste et la  BBC. Des cas de viols sur des femmes et des enfants avaient été dénoncés, perpétrés par une centaine de soldats. Les Casques bleus avaient apporté le choléra, via les troupes népalaises, après le séisme dévastateur de 2010. L’épidémie avait fait plus de 10 000 morts.

Géographie à la carte

1h 02

Au Groenland, 67 femmes demandent réparation au Danemark pour avoir subi une contraception forcée

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Contraception forcée dans la population indigène du Groenland : Certaines d’entre elles étaient adolescentes, à peine âgées de 13-14 ans, lorsqu’on leur a posé un stérilet sans leur consentement. 67 Groenlandais réclament aujourd’hui à l’État danois 300 000 couronnes, chacune (l’équivalent de 40 000 euros), pour les blessures et les douleurs qu’elles ont subies, explique le magazine danois  Femina. Des femmes adultes se sont également vu imposer un stérilet, à leur insu, après un accouchement ou un avortement, poursuit  la chaîne danoise DR, car dans les années 1960, « l’augmentation du taux de natalité au Groenland, au sein de la population indigène, inquiétait les autorités » danoises, « confrontées à des dépenses accrues, par exemple pour les crèches et les écoles ».

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Le territoire arctique n’était alors plus une colonie depuis 1953, restait sous tutelle de Copenhague. Jusqu’en 1971, ce sont au total 4 500 femmes qui ont reçu un stérilet sans leur consentement, note la  BBC, soit la moitié des femmes et des filles fertiles qui se trouvaient alors au Groenland. « L’indemnisation ne donnera jamais aux femmes les enfants qu’elles n’ont pas eus« , dénonce une avocate dans  le journal danois Kristeligt Dagblad. La psychologue Naja Lyberth, à l’origine de la demande d’indemnisation, a déclaré que, dans certains cas, les appareils installés étaient trop grands pour le corps des filles, provoquant de graves complications de santé, voire l’infertilité, tandis que dans d’autres cas, les femmes n’avaient pas connaissance de ces appareils jusqu’à ce qu’ils soient découverts récemment par des gynécologues, précise la  BBC.


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