Une nouvelle conférence annuelle de l’OTAN pour faciliter la réponse collective aux cyberattaques – EURACTIV.fr

L’OTAN a tenu, jeudi et vendredi (9-10 novembre), sa première conférence annuelle sur la cyberdéfense visant à renforcer la coopération entre les membres de l’Alliance et le secteur privé afin d’améliorer la réponse occidentale aux cybermenaces.

« L’OTAN est dans une position idéale pour partager l’information, diffuser l’innovation et coordonner notre défense collective dans le cyberespace », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, jeudi.

M. Stoltenberg a exhorté les États membres de l’OTAN à renforcer la coopération dans le domaine des nouvelles technologies et de la cybersécurité, et à soutenir des projets conjoints avec le secteur privé.

« À travers l’OTAN, nous pouvons travailler ensemble pour renforcer notre propre cybersécurité, construire un cyberespace sûr pour tous et assurer la sécurité de notre milliard d’habitants », a déclaré le secrétaire général.

« Il n’est pas possible d’assurer la sécurité de nos pays sans le secteur privé. Nous devons donc nous parler, planifier et nous préparer davantage ensemble », a-t-il ajouté.

M. Stoltenberg a également rappelé que les cyberattaques pourraient entraîner un déclenchement de l’article 5 de l’OTAN, à savoir la clause de défense mutuelle de l’Alliance — au même titre donc qu’une attaque armée.

Dans leur communiqué du sommet de Vilnius de juillet, les dirigeants de l’OTAN avaient réitéré la position du concept stratégique de l’Alliance selon laquelle « le cyberespace est le théâtre d’une contestation permanente » et ne concerne pas uniquement l’OTAN dans le cadre d’un conflit armé international.

« Nous sommes déterminés à utiliser toute la gamme des capacités afin de dissuader, de défendre et de contrer l’ensemble des menaces cybernétiques, y compris en envisageant des réponses collectives », avaient-ils alors déclaré.

Prudence face aux technologies étrangères

En outre, M. Stoltenberg a souligné que le cyber était le moteur de la compétition stratégique et que des régimes autoritaires, notamment la Chine et la Russie, « s’en prennent à nos intérêts, à nos valeurs et à notre sécurité », ajoutant que ces acteurs étaient « déterminés à façonner l’avenir du cyberespace à leur image, avec peu de transparence et sans aucun égard pour les droits de la personne ».

Il a donc conseillé aux alliés de ne pas faire confiance aux technologies issues d’États autoritaires lors de la mise en place d’infrastructures numériques essentielles.

« Nous avons vu les résultats de notre dépendance à l’égard de la Russie pour notre approvisionnement en énergie. Nous ne devrions pas répéter cette erreur en comptant sur la Chine pour fournir la technologie nécessaire à nos réseaux essentiels », a-t-il déclaré.

« Si la Chine n’est pas notre adversaire, elle ne partage pas nos valeurs », a souligné M. Stoltenberg, accusant également Pékin d’utiliser les nouvelles technologies comme outils de répression dans son pays.

« Elle exporte ses technologies, y compris la reconnaissance faciale, comme instruments de contrôle de l’État dans des pays du monde entier », a ajouté le chef de l’OTAN.

Le secrétaire général a estimé que si l’Alliance voulait éviter de dépendre de pays autoritaires pour bâtir sa dorsale numérique pour l’avenir, elle devait collaborer avec le secteur privé en vue de renforcer la résilience.

Pour une coopération plus étroite

La conférence, qui se tenait à Berlin, s’est concentrée sur le renforcement de la cyberdéfense de l’OTAN aux niveaux politique, militaire et technique, face aux dommages considérables reconnus comme étant causés par les cybermenaces.

Son objectif futur sera de réunir chaque année des décideurs politiques, militaires et scientifiques pour discuter de la coopération sur les questions liées à la cyberdéfense.

« Notre engagement en faveur de la prévention exige que nous soyons en mesure de nous défendre activement dans le cyberespace si nécessaire », a déclaré la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, jeudi.

« La conférence sera une plateforme pour les experts qui discuteront de ces dimensions et servira à encourager la coopération au sein de notre alliance », a précisé la ministre, ajoutant que l’idée était de « préparer le terrain pour un meilleur échange d’informations et de meilleures pratiques ».

« Nous devons investir dans nos défenses en travaillant ensemble entre ces différents secteurs, publics et privés », a-t-elle poursuivi.

L’Albanie, un exemple à suivre

Mme Baerbock a également souligné la réponse de l’Albanie à une récente cyberattaque ayant touché des infrastructures numériques clés du gouvernement, comme l’une des principales banques du pays, Credins, et les données interceptées ont été rendues publiques.

« Lorsque des hackers ont attaqué les services publics albanais [en 2022], le domaine militaire a réagi rapidement […] L’intégration de la cybertechnologie a permis de mettre en place une cyberdéfense efficace », a-t-elle expliqué.

L’Albanie a pu empêcher l’arrêt complet des systèmes et la suppression de toutes les données, ce qui était l’objectif principal des hackers.

Bien que la réaction ait consisté à expulser les diplomates iraniens et à imposer des sanctions aux cerveaux présumés de Téhéran, le gouvernement albanais continue de faire état de cyberattaques iraniennes.

Stratégie numérique internationale

De son côté, l’Allemagne cherche à laisser une « empreinte numérique » au niveau international, le gouvernement se préparant à présenter sa stratégie numérique internationale avant la fin de l’année.

Dans sa stratégie, le gouvernement vise à rassembler les questions internationales et numériques dans tous les ministères et à rendre l’Allemagne et l’UE plus compétitives sur le plan international.

« L’Allemagne devrait jouer un rôle de premier plan dans ce domaine, car la guerre n’est plus purement analogique et nous atteint depuis longtemps par voie numérique », a confié à Euractiv Vera Demary, experte numérique de l’Institut de recherche économique de Cologne (IW).

Comme la numérisation et la cybersécurité ne s’arrêtent pas aux frontières nationales, il est nécessaire que les gouvernements et les États coordonnent leur action au niveau international.

« Dans le contexte de ce projet, le sommet de l’OTAN sur la cyberdéfense arrive à point nommé, car il s’inscrit bien dans la thématique », a ajouté Mme Demary.

Les Nations Unies, que la Chine et la Russie utilisent actuellement pour remodeler l’ordre numérique mondial de manière plus autoritaire sur la base de la Convention sur la cybercriminalité, joueront également un rôle clé dans l’équation.

« Un comportement coordonné de la part des partenaires de l’OTAN est important pour pouvoir agir de manière efficace et efficiente », a également déclaré Mme Demary à Euractiv.

Course aux technologies : l’Allemagne adopte une nouvelle stratégie numérique

L’Allemagne entend renforcer sa compétitivité internationale grâce à une nouvelle stratégie numérique, alors que des experts alertent sur l’intensification de la course géopolitique à la suprématie technologique et sur la nécessité de défendre les valeurs libérales et les droits humains dans l’espace numérique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]


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