une reine aux vies multiples

Comme un roman. La vie de la chanteuse Tina Turner, disparue mercredi 24 mai à 83 ans, est de ces histoires épiques qui nourrissent les fictions, de ces épopées tragiques qui impressionnent l’imaginaire, de ces “success stories” dont raffole l’Amérique. Née dans une bourgade fauchée du fin fond du Tennessee, la « Queen of Rock’n Roll » s’est éteinte, citoyenne helvétique depuis 2013, dans la riche commune du canton de Zurich où elle résidait.

Comme un roman. La vie de la chanteuse Tina Turner, disparue mercredi 24 mai à 83 ans, est de ces histoires épiques qui nourrissent les fictions, de ces épopées tragiques qui impressionnent l’imaginaire, de ces “success stories” dont raffole l’Amérique. Née dans une bourgade fauchée du fin fond du Tennessee, la « Queen of Rock’n Roll » s’est éteinte, citoyenne helvétique depuis 2013, dans la riche commune du canton de Zurich où elle résidait.

Née Anna Mae Bullock, elle est d’abord cette petite fille métisse violentée par son père, et qui découvre le chant dans la chorale de l’église en compagnie de sa sœur aînée. Elle n’est qu’adolescente quand elle et sa sœur s’enfuient rejoindre leur mère, employée d’usine à Saint-Louis, dans l’État voisin du Missouri.

C’est là qu’en 1957, elle croise pour la première fois celui qui changera son destin : le musicien Ike Turner, de sept ans son aîné. Six ans plus tôt, au Sun Studios de Memphis, Turner a enregistré avec le saxophoniste Jackie Brenston « Rocket 88 », chanson-phénomène reconnue comme le premier morceau de rock‘n’roll de l’histoire. Séduit par la jeune fille, encore mineure, Turner l’engage comme choriste et la rebaptise : elle sera « Tina Turner ».

La gloire et le calvaire

« A Fool in Love » : l’idiot amoureux au centre de leur duo de 1960, c’est Ike, tyran violent et cocaïnomane avéré. Le groupe qu’elle et lui forment s’appelle désormais Ike & Tina Turner et s’imposera quinze ans durant comme un des plus flamboyants shows de soul et de rhythm‘n’blues des décennies 1960 et 1970. Les tubes s’enchaînent, les tournées mondiales aussi, où Tina surjoue un personnage magnétique et hypersexué d’animal de scène.

« River Deep, Mountain High », « Proud Mary » emprunté à Creedence Clear Water… Les disques d’or pleuvent. Mais les coups portés par Ike aussi. Et Tina, chanteuse exceptionnelle aux rugissements félins, finit par quitter cet époux toxique et brutal en 1976. Avec 36 cents et une carte de station-essence en poche.

« Parfois, vous devez lâcher prise, vous libérer. Si vous êtes malheureux de quoi que ce soit, débarrassez-vous-en. Et vous constaterez que, quand vous êtes libre, votre vrai moi s’exprime. » Dans son autobiographie, « Moi Tina » parue en 1986 et adaptée six ans plus tard en biopic (« What’s Love Got to Do with It ? »), la chanteuse raconte en détail le calvaire de ces jeunes années.

Choriste avec les Rolling Stones ou Frank Zappa (l’album « Apostrophe »), invitée par The Who dans le film « Tommy », Tina obtient finalement un divorce coûteux en 1978, et peine à exister en tant qu’artiste solo. Jusqu’à ce que sonne l’heure d’une incroyable renaissance, un des come-back les plus réussis de l’histoire du show-business.

Renaissance d’une reine

Dans une veine plus rock et raccord avec l’époque, elle cartonne en 1983 en Angleterre avec une reprise de « Let’s Stay Together » d’Al Green et lui ouvre enfin la porte des plus grands studios d’enregistrement. En 1985, son 5e album solo l’impose dans le monde entier : « Private Dancer » s’écoule à 20 millions d’exemplaires et lui vaut quatre des douze Grammy Awards qu’elle glanera au cours de sa longue carrière.

Populaire auprès de plusieurs générations, elle revient au cinéma avec des rôles majeurs (« Mad Max 3 », puis le très populaire « Last Action Hero » avec Arnold Schwarzenegger), enregistre en duo avec David Bowie, participe à « We Are the World » aux côtés de Michael Jackson, Ray Charles et Stevie Wonder, éblouit sur la scène du concert de charité Live Aid en duo avec Mick Jagger…

Même les amateurs de la soul originelle et du rhythm and blues saluent la jeunesse retrouvée par la lionne du rock FM, auréolée d’une étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood.

Ultime concert en 2000

Jusqu’à la fin du siècle, Tina Turner ne cesse de chanter, enregistrant des inédits pour des musiques de films (« Jour de tonnerre » de Tom Cruise, « GoldenEye » pour un des meilleurs génériques de toute la saga James Bond…) et nourrir de nouvelles compilations.

Elle continue surtout les concerts, emplissant les stades du monde entier et visitant toutes les arenas. En 1990, elle donne à la Patinoire de Bordeaux-Mériadeck un concert resté gravé dans les mémoires.

À la fois première artiste noire et première femme a avoir eu les honneurs de la couverture du magazine « Rolling Stone », Tina Turner fait aussi partie des rares artistes à avoir été deux fois intronisés dans le Rock’n’Roll Hall of Fame.

En retrait de la vie publique depuis un ultime concert à Wembley en juillet 2000, elle ne publie plus que d’éparses chansons.

Recluse depuis son second mariage (avec un producteur allemand) et son installation en Suisse, elle a le malheur de perdre les deux plus jeunes de ses fils, tous deux morts prématurément en 2018 et 2020. Victime d’un AVC en 2013, Tina doit aussi se battre contre un cancer de l’intestin, puis subir la greffe d’un rein dont son mari lui a fait don en 2017.

Mercredi, une légende s’est éteinte : la Reine du Rock’n’Roll, l’« Acid Queen », une voix, une femme, une vie. Comme un roman.

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