Utilitaires et de poids lourds : « Les gestionnaires de flottes ont du mal à tenir leur stratégie de renouvellement »
Quel est l’impact de la flambée du carburant sur la gestion des parcs ?
En réalité, il y a l’ impact du carburant … et tout le reste. Les gestionnaires regardent la hausse des prix à la pompe, mais aussi le loyer des véhicules ou encore le coût du pneumatique qui sont des charges supplémentaires. Leur préoccupation, c’est la gestion de l’inflation globale. Ils se demandent comment réduire la consommation de carburant et l’usure du pneumatique car les deux sont liés finalement.
Les entreprises privilégient-elles le renouvellement des parcs ou la prolongation des délais de location ?
Les gestionnaires de flottes de véhicules utilitaires et de poids lourds subissent cette problématique inflationniste et ont du mal à établir une stratégie de renouvellement. Les délais de livraison se sont beaucoup allongés, jusqu’à un an, et les entreprises sont donc amenées à prolonger de six ou douze mois les locations, car elles n’ont pas reçu le nouveau véhicule. Certaines marques ne sont même pas en mesure de donner des délais aux gestionnaires de flottes.
Le contexte actuel accélère-t-il la transition des modèles thermiques vers ceux hybrides et électriques ?
Depuis plusieurs années, les entreprises sont entrées dans un schéma où elles se mettent en conformité avec les lois LOM (loi d’orientation des mobilités) , Climat et Résilience et le « Green deal » européen. A cela s’ajoutent les zones à faibles émissions (ZFE) mises en place dans les agglomérations et la dimension responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Les gestionnaires de flottes doivent donc résoudre cette équation entre une législation complexe qui évolue et le besoin de s’aligner sur les attentes de leurs salariés et de la société.
Pour cela, ils optent de plus en plus pour les modèles alternatifs. En 2021, 36 % des nouvelles immatriculations de véhicules légers étaient des options au thermique, dont 10 % d’électrique . Aujourd’hui, 6 % du parc roulant en sont et cette tendance s’accélère même si elle est portée par les grandes entreprises.
Qu’en est-il des poids lourds ?
C’est un peu différent pour eux, car il n’y a pas de technologie qui a pris le pas sur une autre contrairement aux véhicules utilitaires légers (VUL) pour lesquels la formule hybride est moins présente que l’électrique. Néanmoins, on s’attend à une évolution dans les prochaines années. Quand on est transporteur, on peut utiliser du colza par exemple.
La plupart des gestionnaires de flottes de poids lourds nous disent qu’ils regardent, testent et attendent mais on ne voit pas de grande tendance pour l’instant.
Pour le transport de passagers grâce aux bus et autocars, il existe une tendance à aller vers l’hydrogène mais cela s’explique surtout par le soutien des pouvoirs publics. Quelques initiatives avec du gaz émergent aussi. La plupart des gestionnaires de flottes de poids lourds nous disent qu’ils regardent, testent et attendent mais on ne voit pas de grande tendance pour l’instant.
L’ hydrogène est sans doute la technologie qui fait le plus sens auprès des poids lourds. Son adoption nécessite que l’offre de véhicules se développe et que les stations de recharge se multiplient. A terme, il y aura aussi la question du coût car l’innovation technologique induit une certaine inflation.
Quels sont les freins qui persistent dans le cadre de cette transition énergétique des VUL et poids lourds ?
L’autonomie des véhicules dépend de leur activité. On va se poser la question de la recharge électrique dont les dispositifs sont ambitieux mais ne sont pas encore suffisamment opérationnels. Pour un gros rouleur, hors agglomération, cette problématique va survenir. Pour les poids lourds spécifiquement, l’offre de nouveaux modèles est encore faible.
De même, le coût total d’utilisation (TCO) n’est pas complètement clair. On sait quel sera le loyer, on essaye de calculer le coût des recharges car l’électricité n’est pas gratuite mais les pièces de rechange peuvent être différentes, et quid de la revente ? La restitution des véhicules reste un point important.
Quels sont les autres leviers qu’actionnent les gestionnaires de parcs pour réduire les coûts et favoriser la transition écologique ?
L’écoconduite est un levier particulièrement utilisé chez les transporteurs avec la possibilité de suivre de près la consommation des poids lourds. On la retrouve aussi sur le marché du VUL. Pour un gestionnaire de flottes, c’est une démarche importante qui s’inscrit dans la RSE.
La plupart des entreprises utilisant des véhicules récents, la télématique est apparue sur ces modèles. Aujourd’hui, il est assez courant d’avoir recours à la data pour vérifier la consommation et le comportement des chauffeurs.
Enfin, le rechapage redonne une seconde vie au pneu avec un coût égal à 60 % du prix d’un neuf. Cette pratique se développe également auprès des VUL. C’est une solution écologique car il y a moins de matière et on est sur un circuit court puisque les usines de rechapage sont situées en France ou dans les pays frontaliers.
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