Vers la journée du patrimoine éducatif en Haïti !


Dans quelques semaines, des établissements scolaires vont fermer leurs portes pour les grandes vacances. Le temps de la pause pour un grand nombre d’ acteurs, mais également cela coïncide avec  le temps de la réparation de certains meubles et du renouvellement des mobiliers pour la prochaine rentrée des classes. Si l’environnement immédiat de cette institution n’est pas ajouté dans la liste rouge des quartiers et des villes à éviter.  Comment identifier, répertorier et conserver les objets, les archives, les documents et les équipements qui participent dans la mémoire du système éducatif haïtien ?

Dans quelques semaines,  certains établissements scolaires vont fermer définitivement leurs portes en Haïti. Ces institutions vont malheureusement renforcer la liste des écoles qui n’existent plus sur la carte d’Haïti. Pendant combien de temps va-t-on se souvenir des collèges Gérard Gourgue, Ernst Julmiste, Nelson Mandela, Lucien Hibert, Yves Albert Boucher, et plusieurs autres déjà oubliés ? Quel avenir pour les écoles laïques en Haïti, en dehors des lycées publics, des écoles nationales, des écoles congréganistes et certaines écoles internationales ?  

Des anciens élèves et leurs parents se souviennent encore de certaines de ces institutions, à travers les albums photos, les rares uniformes conservés, les anciens bulletins, cahiers et livrets qui portent le nom de l’établissement qui a accueilli dans le temps plusieurs cohortes et générations. Pourquoi initier des débats sur le patrimoine éducatif haïtien ? Comment le musée de l’Education en Haïti pourrait-il contribuer dans la conservation et la valorisation de cette importante mémoire institutionnelle et collective ?  

Derrière les catastrophes naturelles qui imposent des violences que certains bâtiments de nos écoles n’arrivent pas à supporter, les catastrophes humaines des dernières années en Haïti, imposent une autre forme de violences aveugles. Ces violences armées, influencées par les menaces et les crimes, les vols et les incendies finissent par détruire les lieux de savoir, mais également contraindre tous le personnel, les écoliers, les étudiants, les professeurs, les parents et les familles à partir vers d’autres villes, pour ne pas souffrir des blessures, des tortures souvent mortelles. 

Des quartiers tels que  Martissant, Fontamara et Village de Dieu,  des villes comme Croix des Bouquets, Cité Soleil, entre autres, disposent un nombre important de ruines d’écoles,  et des bâtiments d’établissements scolaires abandonnés. Pourquoi  et depuis quand ?  Comment conserver les fragments de la mémoire de ces institutions abandonnées et oubliées depuis des mois, des années et des décennies ? De quelles institutions viendront les moyens pour relocaliser ces équipements ? Quelles sont les principales fondations qui assistent les personnels et les parents contraints également à la délocalisation ? Quelle place occupe le patrimoine du secteur éducatif haïtien dans l’agenda des principales institutions et autorités qui influencent et orientent le secteur ? 

Dans les rues et sur les réseaux sociaux, certaines connaissances, des noms et des visages rappelleront au passage ces lieux de rencontres quotidiennes abandonnés, entre les salles de classe, les balcons et les escaliers, les cours et de récréations et les toilettes.  Comment cette journée peut-elle mobiliser le plus grand nombre des acteurs du système dans le partage des archives, des souvenirs et de la mémoire durant les années de formation ? Pendant les études préscolaires, primaires, secondaires, les classes fondamentales et intermédiaires, les formations professionnelles et universitaires, les séminaires et d’autres formations sur mesure, initiales et continuent, il existe des informations sur la liste des participants et des intervenants, des lieux d’organisation et des documents utilisés qui peuvent servir.   

Dix ans, vingt ans, et plus de cinquante ans plus tard, les souvenirs de nos écoles restent parfois fertiles et vivants. Des rencontres entre des inconnus devenus des camarades de classe restent serrées et soudées pour la vie. Combien de couples par salle de classe ? Combien de couples dans chaque école ? Combien d’enfants des parents rencontrés à l’école viennent occuper les anciennes salles de classe ?     

De la nécessité pour chaque responsable des institutions évoluant dans le secteur de l’éducation en Haïti, de prendre le temps pour investir dans la production et la protection, la diffusion  de certaines archives de l’établissement. Plus qu’une urgence nationale, institutionnelle et familiale, il nous faut encourager la promotion du patrimoine éducatif en Haïti, en prélude à l’ouverture prochaine du musée de l’Éducation en Haïti.

Des objets ayant servi dans la création et l’évolution des écoles et d’autres institutions qui ont déjà fermé leurs portes devraient trouver une place dans les vitrines du musée, lors des prochaines expositions. Quels sont les enjeux de la conservation du patrimoine éducatif en Haïti ? 

Des registres d’inscription, d’admission et de distinctions pour chaque classe et pour chaque école, sont autant de documents qui devraient permettre au grand public d’identifier et d’anticiper sur la trajectoire de certains des anciens élèves, des filles et des garçons qui deviendront éventuellement à l’avenir,  des hommes et des femmes à succès, des références dans la société ou l’inverse.

Des images des professeurs, parmi les plus brillants,  influents et les anonymes peuvent aussi bien illustrer les prochaines expositions thématiques dans chaque matière dispensée dans les institutions scolaires.  En dehors des répertoires bibliographiques affichant les couvertures et tables des matières de tous les ouvrages et manuels scolaires par catégorie, il sera possible à travers cette exposition d’identifier les matières qui disposent le plus de manuels utilisés, en passant des plus anciens au plus récents ?

Dans les collections du musée de l’Éducation en Haïti, il sera possible de découvrir la première et la plus belle exposition autour des armoiries, des logos et des noms des établissements scolaires en Haïti. Et pourquoi pas apprécier l’évolution de ces différents symboles. Plusieurs possibilités sont à retenir dans cette collection,  par région et en lien avec d’autres thématiques comme: les écoles avec les noms de femmes, qui portent des noms de pays, de personnages scientifiques, historiques, politiques, culturels, avec les noms de leurs fondateurs.

Dans une démarche d’intelligence culturelle et de responsabilité partagée, la promotion de la journée du patrimoine éducatif dans le système éducatif haïtien, inscrite dans le cadre de cette année du Patrimoine décrétée en Haïti, s’impose parmi les activités culturelles utiles, innovantes et durables. À travers l’organisation de la journée du Patrimoine éducatif, les enfants et tous les autres acteurs du système, et en particulier les membres du personnel des établissements scolaires seront plus que jamais informés, sensibilisés, responsabilisés et impliqués une fois pour toutes dans la promotion, la préservation, la protection et la pérennisation du patrimoine multidimensionnel du système éducatif en Haïti. Notre bien commun ? 

Dans les prochaines expositions qui mettront en valeur  les collections du musée de l’Education en Haïti, pratiquement la majorité des acteurs influents, les anciens et les nouveaux responsables autant que leurs institutions de référence, disposeront d’une place importante dans l’écriture de l’histoire du patrimoine et de la mémoire du système éducatif en Haïti.   

 

Dominique Domerçant     

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