Vers une « conscience » de notre rapport aux technologies ?

L’avantage des questions numériques, c’est que l’histoire va vite. Il est plus simple de comparer les différentes époques dans le domaine des nouvelles technologies que dans celui de la peinture. Pour donner un exemple : plus nombreux sont ceux qui, dans leur vie, ont à la fois connu les ordinateurs Thomson dans les années 80, ainsi que l’émergence de Facebook dans les années 2000, que ceux qui ont vu arriver la perspective à la Renaissance et le street art.

Il y a une quinzaine d’années, la technophilie était de mise. Les évolutions de notre monde connecté posaient déjà question. Nous avions conscience que la technologie n’était pas neutre, mais nous conservions un regard positivement étonné sur la culture, les visages nouveaux ou encore les réseaux sociaux qui apparaissaient. Toute nouveauté technique n’attirait pas forcément la suspicion.

Depuis, notre connexion n’a fait que se renforcer. Le smartphone a bouleversé notre manière d’être en ligne, les réseaux sociaux ont manipulé la diffusion de l’information politique en temps d’élection, Elon Musk a racheté Twitter et Jeff Bezos est parti dans l’espace. Sans parler de l’Intelligence artificielle… Notre rapport à la technologie a changé. Et l’idée qui fleurit  ces derniers temps est celle d’un rapport « conscient » et critique à son égard.

Garder le contrôle

L’Homme souhaite contrôler son expérience connectée, comme l’illustrent les dernières actualités. Si vous utilisez Google (proposition rhétorique), vous avez dû vous en apercevoir : vos recherches géographiques dans le moteur de recherche ne vous amènent plus directement à l’application Google Maps. Cela fait suite à l’entrée en vigueur du Digital Markets Act : une réglementation européenne qui a pour principal but de contrer les pratiques anticoncurrentielles des mastodontes du net. En tant qu’utilisateurs européens, nous devons désormais faire le choix de tel ou tel service de Google, qui était jusqu’à présent automatiquement proposé.

Autre actualité : celle d’Apple, qui doit lui aussi faire face à l’Union européenne. Fin mars, la Commission européenne avait infligé une amende d’un milliard huit cent quarante millions d’euros à la firme pour abus de position dominante. La raison : sur l’App Store (son kiosque d’achat) Apple promeut sa propre application de streaming musical au détriment des autres, et surfacture l’abonnement au reste des plateformes musicales. À l’origine de la démarche de la Commission européenne : une plainte de Spotify, plateforme concurrente d’Apple Music. Apple a fait appel de la sanction, et affirme avoir modifié l’App Store. La Commission européenne a annoncé lundi dernier qu’elle se prononcerait bientôt sur le sujet.

Enfin, dernière actualité : les CNILs européennes se réuniront demain et après-demain. La CNIL, en France, est la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Sa mission : veiller à la protection de nos données personnelles. La CNIL et ses homologues des autres pays européens sont rassemblés sous le nom de Comité européen de la protection des données, en Anglais EDPB, European data protection board. Lors de la réunion annoncée demain, il sera question du modèle « consent or pay » : cette fenêtre qui s’ouvre lorsque nous nous rendons sur certains sites ou services : soit nous consentons à livrer nos données, soit nous payons. Le modèle se répand, et avec lui, l’idée que le respect de la vie privée en ligne pourrait de devenir l’apanage des plus aisés. Il sera donc intéressant de voir ce que les CNILs européennes diront…

Dans son livre Anesthésiés, l’humanité sous l’emprise de la technologie paru chez FYP éditions, l’entrepreneur et chercheur Diego Hidalgo Demeusois, affirme que le rapport critique aux technologies est l’une des conditions sine qua non pour que l’être humain ne se délègue pas tout entier au numérique, et garde la main. Il pousse à la réflexion collective et politique, et à l’action notamment via les lois et les règlements. La tâche peut paraître démesurée, mais sur ces fronts, ces derniers temps, on ne désarme pas.

Un monde connecté

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