OTTAWA – Les groupes criminels haïtiens narguent les autorités et la communauté internationale en incendiant deux blindés fabriqués au Canada et récemment achetés par la police locale, qui est soutenue financièrement par Ottawa.
La Police nationale d’Haïti (PNH) a déclaré que deux de ses blindés avaient été «pris en embuscade puis incendiés avec des cocktails Molotov lancés par des bandits armés», dans la nuit du 17 au 18 mai. Un policier a été tué dans l’attaque et un autre a été blessé par balles.
Les assaillants ont filmé toute la scène, y compris le corps du policier gisant ensanglanté au sol. Ils ont diffusé les images sur Telegram pour bien montrer ce qu’ils faisaient du matériel chèrement acquis au Canada.
«Vous nous envoyez des dinosaures, mais ils ne mangent pas les zèbres. Regardez ce qu’on leur fait», indique dans une des vidéos un bandit qui filme les deux blindés en flamme.
Des millions en fumée
Les vidéos permettent d’identifier clairement un véhicule de la compagnie de Toronto INKAS. Un des blindés incendiés avait été livré pas plus tard que le 8 mai, a confié au Journal une source policière locale. Il faisait partie de la cargaison de quatre INKAS livrés par l’aviation américaine avec le soutien logistique de l’armée canadienne. Une opération saluée par l’ambassadeur du Canada en Haïti, Sébastien Carrière. Au total, Haïti a commandé 18 blindés à la compagnie torontoise pour un total de 13,5 M$.
«Plusieurs de ces blindés payés chèrement par le gouvernement haïtien à une entreprise canadienne sont déjà détruits par les bandits», rage Joseph Flaubert Duclair, de l’organisme montréalais Debout pour la dignité, qui vient en aide à la diaspora haïtienne.
Ce n’est pas la première fois que les gangs détruisent un blindé. Un autre véhicule INKAS est parti en fumée en novembre, incendié par les bandits.
Ottawa vient de débloquer une enveloppe supplémentaire de 100 M$, promise lors de la visite de Joe Biden en mars, pour équiper davantage les forces de police haïtiennes afin qu’elles prennent le dessus sur les gangs. La somme s’ajoute aux 2 G$ versés en soutien à Haïti depuis 2010.
Massacres

Richard Pierrin / AFP
Un policier en patrouille à Port-au-Prince le 25 avril.
L’attaque de cette semaine s’est déroulée dans le secteur de Source-Matelas, à une trentaine de kilomètres de la capitale Port-au-Prince. Une zone sous contrôle des gangs, où plusieurs dizaines de personnes auraient été massacrées il y a un mois, d’après les médias locaux.
Au cours du seul mois d’avril, plus de 600 personnes ont été tuées dans une nouvelle vague de violence extrême, selon le Service des droits de l’homme du Bureau intégré des Nations unies en Haïti. Cela s’ajoute au meurtre d’au moins 846 personnes au cours des trois premiers mois de 2023, en plus de 393 personnes blessées et de 395 personnes enlevées.
Débordée, la police a besoin d’aide
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui plaide depuis des mois pour l’envoi d’une force armée spécialisée pour aider la police à rétablir l’ordre, a déploré, lundi, la «réticence» de pays occidentaux à prendre la tête d’une telle intervention.
«La police est vraiment dépassée par les événements. On a besoin d’aide, pas d’une force d’occupation, mais d’une force opérationnelle technique», a confirmé au Journal un commissaire de la police nationale qui s’est confié sous couvert de l’anonymat pour sa sécurité.
Basé dans la capitale Port-au-Prince, il a fermé sa maison, située trop proche du territoire d’un gang, et il vit maintenant chez une proche, tandis que son épouse et ses enfants vivent à l’étranger pour leur sécurité. Il explique que la capitale est complètement encerclée par les gangs et que les policiers ne peuvent plus accéder aux localités avoisinantes.
Richard Pierrin / AFP
Arrestation le 24 avril dans le secteur de Turgeau, à Port-au-Prince.
Mais Ottawa, à qui Washington a demandé de prendre la tête d’une opération spéciale en Haïti, s’y refuse, préférant envoyer des chèques.
Bien qu’il salue l’aide financière apportée par le Canada ainsi que l’entraînement dont il a lui-même bénéficié au cours des ans, le commissaire explique que le gouvernement haïtien se sert de l’aide pour acheter de l’équipement sans consulter la police. Ses hommes sont ainsi envoyés dans la fosse aux lions avec du matériel qui ne répond pas à leurs besoins.
«Les gangs ont du matériel supérieur à ce que la police a», déplore-t-il.
Pour Joseph Flaubert Duclair, de l’organisme montréalais Debout pour la dignité, c’est «de la folie» de continuer d’envoyer des millions en Haïti dans ces conditions. Comme l’ONU, son organisation réclame que le Canada prenne la tête d’une force opérationnelle dans l’île.
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