De quoi surprendre les vignerons, qui s’en sortent plutôt bien, avec un prévisionnel de récolte de 880.000 hectolitres en appellation Côtes de Provence, en légère baisse (-5% vs 2022 avec 918.000 hl), un maintien honorable dans les Coteaux d’Aix-en-Provence (-4%), et une chute plus prononcée dans les Coteaux Varois (-15 à -20%), sur un vignoble de montagne plus resserré. « Les disparités se creusent selon les microclimats régionaux. Les pluies aujourd’hui ne sont pas les mêmes pour tous, même si on est tous au même endroit », reconnaît Nathalie Roubaud. Vigneronne au château Nestuby, à Cotignac, sa récolte est bien supérieure à celle des quatre dernières années.
« Avec les pluies de printemps, la terre était moins sèche à l’entrée de l’été, ce qui a permis d’aller jusqu’aux vendanges. On pensait avoir des pertes avec le mildiou (un champignon sensible à l’humidité, Ndlr), et finalement, nous avons récolté 3.000 hectolitres, un vrai bonheur! », témoigne-t-elle.
Crise inflationniste
Pour beaucoup de vignerons varois, depuis quatre ans, les assauts répétés du climat ne s’étaient pas relâchés: gel en 2019 et 2021, grêle en 2020, grêle et sécheresse en 2022, et enfin, en 2023, la trêve climatique.
Pour autant, d’autres difficultés attendent le vignoble: la crise inflationniste qui impacte, depuis 2022, le segment des rosés premium, dont la Provence est le leader mondial. Depuis janvier, le syndicat des Côtes de Provence relève des chiffres auxquels il n’est pas habitué: retrait de – 6% à l’export, baisse historique des ventes en grande distribution (- 13%), qui représente habituellement 25% des débouchés commerciaux. « L’inflation impacte fortement le pouvoir d’achat des ménages, et donc leur consommation. Depuis septembre, nos sorties de chais sont en recul de 7% et cela ne va pas s’arranger en 2024. Il va nous falloir être particulièrement attentifs aux équilibres économiques de l’appellation et à notre capacité de commercialisation dans les deux ou trois années à venir « , projette Brice Eymard, directeur général du CIVP. Ce scénario pessimiste avait conduit le syndicat des Côtes de Provence à voter, en août, une baisse des rendements autorisés sur les rosés, ceux ci-passant de 55 hectolitres l’hectare, à 50 hl/ha. Bien que perçue comme creusant les inégalités (par ceux qui avaient une belle récolte et les marchés, Ndlr), cette stratégie de repli censée amortir la crise des surstocks des rosés de Provence, avait été adoptée dans des proportions différentes par les Coteaux varois en Provence et les IGP du Var. Aujourd’hui, dans le contexte international, la décision semble un moindre mal. Mais elle ne résoue pas la crise des rosés, dénoncée par de nombreux vignerons.
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