Le chanteur vedette de TRIOMECS, Don Roro, de son vrai nom Romny Pierre, a disparu des radars de la musique haïtienne depuis un bon bout de temps. Le quinquagénaire né un 22 novembre a interprété des chansons à succès dans les années 90 comme « Kè m ap dechire » ou encore « Si w ale w a retounen ». Il s’ouvre à Loop dans un entretien exclusif.
Loop : Ou vit Don Roro actuellement et depuis quand ?
Don Roro :Depuis environ 20 ans, je vis entre les Etats-Unis, le Canada et Haïti.
Loop : Quelle est ta situation familiale actuelle ?
Don Roro :Pour le moment je vis en union libre et j’ai des enfants.
Loop : Ça fait un bon moment depuis que TRIOMECS n’est plus actif dans l’industrie musicale haïtienne, comment gagne tu ta vie?
Don Roro :J’ai travaillé pour l’Etat pendant des années, sur les mandats de Martelly et de Privert. Pendant cette période j’ai décidé de laisser de côté la musique. Je suis aussi un travailleur autonome car même quand je ne performe plus avec TRIOMECS, j’organise des festivals gratuits à Port-de-Paix lors des fêtes patronales avec le concours de l’Etat. Je suis le premier à faire jouer Tabou Combo aux Moles Saint-Nicolas. Ce sont des projets sociaux même grâce aux sponsors je gagne de l’argent pour moi-même.
Loop : Ça t’est déjà arrivé d’avoir des projets musicaux qui n’arrivent pas à atterrir ? Si oui, quelles en sont les causes ?
Don Roro :Oui, j’ai eu des projets auxquels je n’ai pas réussi à donner vie. Parfois en Haïti vous voulez réaliser un projet mais le contexte ne vous le permet pas. C’est dernières années, le contexte de l’insécurité rend difficile la réalisation de certains projets. TRIOMECS est un groupe de « Konpa love » et je sentais qu’on serait hors sujet dans un contexte d’insécurité. Je suis aussi dans mon deuxième âge, je pense donc que si je dois porter de nouveaux projets, ça doit être des œuvres sociales. Mais à n’importe quel moment, on peut venir avec de nouveaux projets musicaux, car quand tu ne joues plus sur scène et que tu n’es en compétition avec personne, tu as tout le temps de travailler sur de nouveaux projets.
Loop : Si TRIOMECS existe encore, est-ce qu’on peut espérer un nouvel album ou tu continueras à performer tout seul ?
Don Roro :TRIOMECS a toujours des projets même si ces projets viennent souvent de moi. Quand tu es chanteur principal d’un groupe, tu portes ses actifs comme ses passifs. J’ai fait plusieurs tentatives pour porter de nouveaux projets avec le groupe, mais j’ai toujours des difficultés avec les musiciens qui vivent à de grandes distances les uns des autres et qui n’ont pas la même vision pour le groupe. Le seul qui était reste proche de la musique comme moi, c’était Joseph Christian qui est mort en 2021 dans des conditions qui ne sont toujours pas élucidées par la police. Le juge de paix a dit qu’il était mort étranglé selon les indices. Donc le groupe a perdu son maestro, ce qui a forcément un certain impact sur les projets du groupe. Pour l’instant, avec Marcus qu’on a nommé maestro, nous travaillons sur un titre qui devrait sortir d’ici l’été, afin de porter un nouveau son avec TRIOMECS.
Loop : Est-ce que d’autres groupes musicaux t’ont déjà approché?
Don Roro :Delly François m’a appelé pour System Band. Le groupe voulait que je vienne habiter à New-York alors que j’étais à peine de retour en Haïti, mais cela ne m’intéressait pas. Tropicana m’a aussi approché. Je leur ai répondu que c’était un honneur mais que je ne pouvais pas accepter à cause du fait que je vis entre plusieurs pays. J’ai des enfants dans ces pays et j’y vais, j’y passe souvent beaucoup de temps. À mon âge, je ne pouvais pas donner même mes week-ends à un groupe. Tropicana est une institution avec des principes et un mode de fonctionnement, et puisque je ne pouvais pas m’accommoder avec ça, j’ai dû refuser l’offre même si je m’en sentais honoré.
Loop : Qu’est-ce que tu penses du KONPA de la nouvelle génération ?
Don Roro :Le KONPA d’aujourd’hui est très différent. Certes, il a toujours la même base musicale mais avec plus de sons à la mode. Les chanteurs sont beaucoup plus RnB. Il y a quelques rares chanteurs de KONPA direct comme Gazman, mais à part ça c’est des chanteurs de Rnb et des « blofè » (rires). Aujourd’hui, l’industrie musicale est mieux organisée et on y gagne plus d’argent et c’est très bien, mais les chansons sont très volatiles et ne durent plus comme celles d’avant. Même si je dois reconnaitre que les artistes d’aujourd’hui sont plus vendables. Ce qu’il nous faut en plus, c’est que l’Etat crée les conditions nécessaires pour que les groupes puissent performer en toute sécurité et ne pas se sentir obligé d’aller jouer dans d’autres pays où il y a des Haïtiens.
Loop : Un dernier mot pour les fans du KONPA et de TRIOMECS?
Don Roro : J’ai toujours pensé qu’après tant d’années sans produire, sans vraiment performer et avec toutes ces nouvelles productions à travers les années, les gens finiraient par nous oublier. Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas vrai, car partout où je passe les gens m’expriment toujours leur admiration et leurs attentes. Je reçois beaucoup de messages sur les réseaux sociaux de personnes qui avaient 10, 12 ans à l’époque de TRIOMECS pour me dire que ça leur ferait plaisir de me revoir sur scène car nos chansons restent dans leur esprit. Ils me demandent de refaire les mêmes chansons mais sur des sons a la mode. C’est généralement leur demande. On va essayer de travailler là-dessus. Je dirai donc aux fans d’attendre encore et on apportera de bonnes nouvelles. Nous ne pourrons pas performer régulièrement, mais on sera sur scène pour de grandes sorties et on espère que les fans seront au rendez-vous, pour le bien-être de la musique haïtienne et de tous les fans de TRIOMECS.
Allwitch Joly
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