Je suis toujours sidéré de constater comment la gauche québécoise, dans son sens le plus large possible — une bonne partie des militants du Parti québécois, de Québec solidaire, du Bloc québécois et des centrales syndicales, sans parler des quelques militants québécois du NPD — ne semble manifester aucun intérêt pour ce qui se passe au plan politique au sud du sud, c’est-à- dire en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il n’en fut pas toujours ainsi et à plusieurs reprises, dans un passé pas si lointain, des délégations du Parti québécois et des grandes centrales syndicales ont voyagé au sud pour échanger leurs expériences et manifester leur solidarité en faveur des processus politiques en cours. Il fut un temps où le Chili d’Allende, les revendications des Chicanos mexicains, les Contras au Nicaragua, le blocus génocidaire contre Cuba, les assassinats en Haïti, en Colombie ou en Argentine mobilisaient la gauche québécoise, sollicitaient notre solidarité et interpelaient notre opinion publique.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Qui parmi les organisations de gauche, les syndicats et partis politiques progressistes ont envoyé, par exemple, des félicitations à Luis Ignacio Lula da Silva, le président élu du Brésil, le géant du cône sud (203 millions d’habitants) ? Le retour d’un gouvernement de gauche dans cet immense pays, première puissance économique de l’Amérique latine, ce n’est tout de même pas rien et cela mériterait d’être salué comme cela se fait normalement entre gens de mêmes affinités politiques. Mais silence radio. Le président Lula n’est tout de même pas un bonhomme Sept Heure, il est à la tête d’une puissance régionale membre du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), et son programme politique est des plus progressiste. Après huit mois à la tête de son pays, Lula, âgé de 77 ans, jouit toujours d’un large appui parmi la population.
Vase clos
Tout se passe comme si le Québec vivait en vase clos et que ce qui se passe à l’extérieur de nos frontières — hormis les États-Unis — n’intéresse guère nos leaders politiques. Pourtant le Québec fait partie de cette Amérique latine métissée et il a beaucoup à gagner à suivre les nouvelles expériences qui sont en train de transformer le paysage politique au sud de nos frontières. Il aurait aussi beaucoup à gagner à joindre certaines organisations régionales, comme la CELAC ou le MERCOSUR. Leurs luttes pour l’indépendance et la pleine souveraineté s’apparentent à notre combat pour la souveraineté du Québec. Pourquoi ne pas proposer une antenne française de la chaîne d’informations continues TeleSur, dont le siège social est à Caracas mais qui a des antennes et des correspondants dans de nombreux pays ?
Le Guatemala vote à gauche
Sait-on, par exemple, qu’un parti progressiste vient de remporter, dimanche dernier, les élections présidentielles au Guatemala ? Ce pays d’Amérique centrale a presque toujours été gouverné par des gouvernements corrompus et violents, à la solde de l’empire étatsunien. Sauf une brève période, dans les années cinquante, alors que le président de gauche Jacobo Arbenz a été renversé par la CIA parce qu’il avait entrepris de nationaliser de grands pans de l’agriculture entre les mains des multinationales. Cette victoire éclatante du tandem progressiste Bernardo Arévalo-Karin Herrera, au terme d’un ballotage, est un événement majeur et elle devrait, en principe, mettre fin au long règne de terreur, mais rien n’est moins sûr car les perdants ne s’avouent pas vaincus, suivant en cela l’exemple de Donald Trump.
La passation des pouvoirs doit avoir lieu le 14 janvier prochain, ce qui donne amplement le temps aux perdants de multiplier les contestations et les basses manœuvres, en brandissant de nouveau le vieil épouvantail du communisme. Plusieurs chefs d’État ont déjà salué cette victoire historique, comme Andrés Manuel López Obrador, du Mexique, Miguel Díaz Canel, de Cuba, Xiomara Castro, du Honduras, Gustavo Petro, de Colombie, Pedro Sánchez, d’Espagne, et même Joe Biden. Mais aucun de nos leaders politiques québécois n’a réagi. Pourtant la communauté latino-américaine est importante au Québec et est un bel exemple d’intégration à notre identité française.
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